© Haptomai Architectes / 2021
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HAPTOMAI
ARCHITECTES
Lavandière + périscolaire / Daix (21) / 2024
LA LAVANDIERE - MAISON ASSOCIATIVE
À Daix, petit bourg de la périphérie dijonnaise blotti au pied du Plain Saint-Laurent, la Lavandière occupe une position singulière : en léger retrait de la rue de Fontaine, en vis-à-vis de l’église Saint-Laurent, elle forme avec la mairie et le lavoir un système de cours et de parvis qui constitue, sans que la commune l’ait vraiment reconnu jusqu’ici, la véritable place du village. Salle des fêtes auto-construite dans les années 1970 par des bénévoles paroissiaux, elle a longtemps accueilli les noces, les vins d’honneur, les assemblées du corps de chasse et les cours de danse, jusqu’à ce qu’un arrêté municipal en ferme les portes, le mur de soutènement qui la retient au nord menaçant de s’effondrer sous la poussée de la colline.
Le diagnostic est sans appel. Un sol hétérogène, des fondations incertaines reposant peut-être sur les vestiges d’une ancienne église, et surtout un mur de soutènement trop dégradé pour être renforcé dans l’exiguïté du passage qui le longe : la structure existante — poteaux métalliques et remplissage en aggloméré de ciment — ne peut ni recevoir de charges nouvelles, ni continuer de contenir la terre. Réhabiliter n’est plus une option. Il faut déconstruire pour reconstruire, et transformer cette contrainte en occasion de repenser entièrement la relation du bâtiment au sol, à la colline et au village.
Le projet naît de cette nécessité. En réinventant son implantation et en ouvrant son plan de part en part, la nouvelle Lavandière devient un lieu traversant. D’un côté, elle libère à l’arrière un jardin-cloître privatif, refuge tranquille dont pourra jouir la maison associative pour ses ateliers et ses réunions ; de l’autre, elle dégage devant elle, entre son parvis et celui de l’église, une véritable place pour la commune, enfin lisible, enfin praticable. La grande halle peut s’ouvrir tout entière sur cette place : ses larges portées de charpente débordent en préau pour accueillir un banquet de mariage ou honorer un défunt en plein air, dans la continuité du sol et du ciel. Cette porosité n’est pas qu’un geste d’usage, elle organise aussi le confort du bâtiment : la traversée est-ouest porte l’air d’un jardin à l’autre et rafraîchit naturellement la grande salle, sans recourir à la mécanique. Par sa silhouette simple, sa toiture à deux pans et sa charpente débordante en auvent, le projet reprend, le vocabulaire des granges et des cuveries du Dijonnais, ces bâtiments de travail dont la générosité du volume et la franchise constructive ont toujours su accueillir plusieurs vies.
Cette fidélité au site ne cède rien à la reconstitution : elle s’écrit avec les moyens du présent. La pierre de Rocheron, extraite non loin, compose les murs porteurs (isolés de chaux-chanvre), ancrant le bâtiment dans la géologie même de la colline qu’il regarde. La charpente et l’ossature, en chêne des forêts feuillues du Morvan, portent une toiture couverte de tuiles plates petit moule, dans la tradition des couvertures bourguignonnes. Ce choix de filières courtes et de matières du territoire relève d’un régionalisme critique assumé : il ne s’agit pas de copier une forme ancienne, mais de retrouver, avec les outils d’aujourd’hui, la justesse d’un rapport entre matière, climat et lieu.
Car une salle communale se juge moins à son plan qu’à ce qu’elle laisse sur la peau. Le grain de la pierre sous la main courante, la chaleur diffuse du bois qui vibre encore de la forêt dont il vient, la lumière rasante qui glisse le long des chevrons à la tombée du jour : ce sont ces perceptions ténues, presque silencieuses, qui fondent l’attachement à un lieu. La Lavandière ne cherche pas à impressionner, elle cherche à être habitée avec les sens. En choisissant des matériaux bruts, peu transformés, qui vieilliront à vue, le projet invite ses usagers à un rapport tactile et sensoriel à l’architecture, cette présence des choses que l’on retrouve dans les « yeux de la peau » chers à Juhani Pallasmaa. Ainsi reconstruite, la Lavandière ne redevient pas seulement une salle des fêtes aux normes d’aujourd’hui : elle redevient un lieu, au sens plein du terme, un endroit où la mémoire du village, l’eau qui chemine sous la place, la pierre et le bois du pays se rejoignent pour accueillir, encore longtemps, les associations, les noces, les deuils et les fêtes de Daix.
Maîtrise d'ouvrage : Ville de Daix (21)
Maîtrise d'oeuvre : Haptomai Architectes mandataires / Geboa / B2EC / Alios /
Chargés de projet / Mickael Dos Santos & Zoé Maillard
Programme : Reconstruction d'une salle associative (La lavandière)
Surface : 250 m2
Budget : 700 000 € HT
Stade : Etude de faisabilité - ESQ
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