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Maîtrise d'ouvrage _ SIVOM de Dannemarie-Velesmes

Maîtrise d'oeuvre _ Studio 90 mandataires +  Haptomai Architectes associé

Bureaux d'études _ Arborescence + Economia + Planair + BEI + AOL + Verdi 

Programme _ Ecole maternelle + restaurant scolaire

Surface_ 518 m2 

Etat_ Projet lauréat du concours_Etudes en cours

Budget_ 1,4 M € H.T.

ÉCOLE MATERNELLE ET RESTAURANT SCOLAIRE DE DANNEMARIE-SUR-CRÊTE

Construire une école maternelle revient moins à dessiner un bâtiment qu'à imaginer le premier monde qu'habiteront les enfants. Avant même d'apprendre à lire ou à écrire, ils apprennent par le corps. Ils découvrent l'environnement par leurs mains, leurs pieds, leurs yeux, leurs oreilles ; ils mesurent l'espace en courant, en s'abritant, en tombant, en se relevant. L'architecture devient alors un agent de médiation avec le réel.

À Dannemarie-sur-Crête, entre les grandes cultures de la plaine bisontine et les premiers reliefs calcaires du Jura, le paysage possède est multiples. Ici, la géologie affleure sous les terres cultivées, les haies accompagnent le vent, les forêts annoncent la montagne et les eaux de pluie disparaissent lentement dans les profondeurs karstiques. Ce territoire se révèle à celui qui prend le temps de le parcourir par le corps. 

Chez Haptomai Architectes, nous pensons que la technique ne devient véritablement architecture que lorsqu'elle parvient à produire une émotion sensible. Nous croyons surtout que la technique redevient un art lorsque la main de l'homme reprend sa place, lorsque la matière conserve ses irrégularités, lorsque les imperfections cessent d'être des défauts pour devenir les traces visibles du vivant. C'est dans cette relation intime entre le corps, la matière et le paysage que s'inscrit ce projet.

Une vaste toiture semble flotter au-dessus du terrain. Elle ne cherche pas à dominer le paysage ; elle l'accompagne. Son débord généreux dessine une nouvelle limite entre le dedans et le dehors, entre l'abri et le jardin, entre l'école et le ciel. Sous cette couverture prennent place quatre volumes construits en ossature bois et bottes de paille. Ils apparaissent comme quatre maisons (programmes) réunies sous une couverture commune. 

Les arrêtes des volumes sont arrondies. Les angles disparaissent au profit de quarts de ronds, comme si l'architecture avait été lentement sculptée par le passage des mains des enfants. Ces courbes n'ont rien d'un geste formel. Elles traduisent une manière d'habiter. Elles accompagnent les trajectoires imprévisibles, invitent à contourner, ralentissent la marche, transforment chaque déplacement en découverte. L'espace cesse d'être une succession de pièces pour devenir un paysage à explorer.

Pierre Parlebas écrivait que « jouer apprend à jouer ». Derrière cette phrase se cache une pensée fondamentale : l'enfant construit son intelligence en expérimentant librement son environnement. L'architecture devient alors un partenaire du jeu. Les circulations deviennent des parcours, les seuils deviennent des refuges, les jardins deviennent des terrains d'aventure, tandis que l'agora accueille les récits collectifs, les spectacles improvisés, les eux de rôles, les apprentissages en plein air. Ici, le projet ne distribue pas uniquement des fonctions ; il offre des situations.

La cour devient Oasis. Elle ne se contente plus d'être un espace de récréation : elle redevient un fragment de paysage. Les arbres procurent leur ombre, les jardins accueillent le vivant, les noues infiltrent les eaux pluviales et racontent aux enfants le chemin invisible de la pluie. Lorsque l'orage survient, l'eau quitte librement la toiture pour tomber en rideau dans ces jardins creux spongieux. Ce phénomène, souvent dissimulé par la technique contemporaine, devient ici un spectacle quotidien. L'enfant voit la pluie, entend son bruit, comprend son parcours. Le cycle de l'eau cesse d'être une leçon ; il devient une expérience.

La matérialité du bâtiment procède de cette même recherche de sincérité. Les murs sont constitués de bois issu des forêts du Jura, selon une ressource locale AOC. Les bottes de paille, provenant de filières agricoles biologiques, deviennent l'épaisseur protectrice des salles de classe. Les façades sont recouvertes d'enduits de chaux respirants. Ces matières ne cherchent jamais la perfection industrielle ; elles conservent une vibration, une profondeur, une texture que la main reconnaît instinctivement.

Nous défendons une architecture où l'on ressent la matière avant même de la comprendre. Une architecture qui possède une odeur de bois, une fraîcheur de terre, une lumière tamisée par les débords de toiture, une acoustique apaisée par les matériaux naturels. Une architecture qui ne sollicite pas uniquement le regard mais l'ensemble des sens. 

Les matériaux employés sont naturels, faiblement transformés et exempts de composés organiques volatiles. Ils composent un environnement intérieur sain, capable de réguler naturellement l'humidité et d'offrir une qualité d'air exemplaire. Les grandes ouvertures prolongent constamment le regard vers les jardins, abolissant la frontière entre l'intérieur et l'extérieur. Les salles de classe peuvent s'ouvrir largement sous les vastes débords de toiture pour devenir des classes à ciel ouvert. Les saisons entrent alors dans l'école sans que les enfants quittent réellement leur salle.

Cette école ne cherche pas à protéger les enfants du monde. Elle cherche au contraire à les y relier. À leur apprendre que la pluie nourrit les jardins, que les arbres fabriquent l'ombre, que la terre respire, que le bois vieillit avec le temps, que les matériaux possèdent une histoire, que le paysage est un compagnon quotidien. 

Nous pensons qu'une architecture réussie n'est pas celle que l'on admire en photographie. C'est celle qui demeure dans la mémoire du corps. Celle dont on se souvient, des années plus tard, pour la douceur d'un mur arrondi, la rugosité d'un enduit, la lumière filtrant sous une grande toiture ou la cinématique de l'eau tombant dans une noue paysagère.

C'est cette mémoire sensible nous cherchons à construire à Dannemarie-sur-Crête.

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