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Maîtrise d'ouvrage _ CROUS BFC

Maîtrise d'oeuvre _ Haptomai Architectes mandataire  _ Nicolas Blanes Rey + Mickael Dos Santos

Bureaux d'études _ Gojard Technologies Scop + Gien Pinot + Bourgogne Structure 

Programme _ Halle d'accueil et festive + jardin + infiltration à la parcelle

Surface_ 350 m2 

Etat_ Livré février 2026

Budget_ 550 000 € H.T.

HALLE DU THEATRE MANSART

Construit à la fin des années 1960 au cœur du campus universitaire dijonnais, le Théâtre Mansart constitue depuis plusieurs décennies un lieu majeur de diffusion artistique, d'expérimentation et de formation. Plus qu'une simple salle de spectacle, il est un lieu de rencontre où étudiants, chercheurs, artistes, enseignants et habitants se croisent quotidiennement autour des arts vivants.

Au fil des extensions successives du campus, le théâtre s'est toutefois retrouvé progressivement dilué dans un ensemble d'architectures aux échelles, aux matérialités et aux temporalités diverses. Sa façade principale, peu lisible depuis le boulevard Mansart, ne parvenait plus à affirmer son rôle d'équipement culturel. Le stationnement spontané des véhicules jusqu'au pied du bâtiment supprimait toute possibilité d'un véritable parvis. Les spectateurs arrivaient directement devant les portes, sans espace où se retrouver, patienter, échanger avant la représentation ou prolonger la soirée après le spectacle.

Cette absence de seuil était renforcée par l'exiguïté du hall d'entrée. Lors des représentations, la capacité d'accueil ne permettait pas d'absorber le public avant l'ouverture de la billetterie. Les files d'attente se formaient alors à l'extérieur, exposées au vent, à la pluie ou au soleil, sans protection ni véritable qualité d'usage.

Le projet répond d'abord à cette situation ordinaire. Il ne cherche pas à produire un nouvel objet architectural, mais à offrir au théâtre ce qui lui faisait défaut : une adresse, un parvis et un lieu d'attente.

La halle devient ainsi une épaisseur entre la ville et le théâtre. Elle accueille les rassemblements avant les spectacles, les discussions qui prolongent les représentations, les rencontres improvisées entre étudiants, enseignants et artistes. Elle protège les spectateurs des intempéries tout en laissant l'espace largement ouvert sur le campus.

Le projet accompagne également la transformation des usages quotidiens. Une nouvelle rampe, aux pentes douces et au parcours généreux, remplace l'accès existant et offre une accessibilité universelle, intégrée naturellement au cheminement plutôt que traitée comme un dispositif rapporté.

Mais la halle dépasse rapidement sa fonction première. Sa grande travée couverte devient une scène ouverte sur le campus. Elle accueille concerts, lectures, performances, ateliers étudiants, répétitions publiques ou manifestations culturelles, faisant sortir le théâtre de ses murs pour investir l'espace public.

En dehors des temps de représentation, elle accompagne la vie quotidienne du campus. Les étudiants y trouvent un abri pour déjeuner en sortant du restaurant universitaire, s'y arrêter quelques instants, travailler, attendre ou simplement habiter le lieu. L'architecture cesse alors d'être uniquement le seuil d'un équipement ; elle devient un espace partagé, capable d'accueillir aussi bien l'exception de l'événement culturel que l'ordinaire de la vie universitaire.

C'est à partir de ces usages que naît l'écriture architecturale. Face à l'hétérogénéité du campus, le projet refuse toute surenchère formelle. Il choisit au contraire une présence silencieuse. La halle est une architecture élémentaire, dont la force ne réside ni dans l'objet ni dans le geste, mais dans sa capacité à rendre possibles des situations, des rencontres et des expériences sensibles.

UNE ARCHITECTURE HAPTIQUE

Chez Haptomai Architectes, l'architecture ne se réduit jamais à une image. Elle est un phénomène qui engage le corps tout entier. Nous ne regardons pas seulement un espace ; nous le traversons, nous l'écoutons, nous en éprouvons la température, l'odeur du bois, la rugosité des fibres, la profondeur des ombres, la résonance des pas. La perception naît du mouvement.

La halle est pensée comme un dispositif haptique. La répétition des portiques rythme la marche. La perspective se contracte puis s'ouvre. Les ombres s'allongent, disparaissent, reviennent. Le rouge sAinsi, l'architecture ne possède jamais une image définitive, elle joue des parallaxes.

Elle change avec la lumière.

Elle change avec la pluie.

Elle change avec les saisons.

Elle change avec celui qui la traverse.

L'espace n'est jamais identique à lui-même.

 

LE NOIR OU CONSTRUIRE LA LUMIERE

Le noir n'est pas ici une couleur. Il est une manière de construire la lumière.

Cette pensée rejoint profondément celle de Pierre Soulages lorsqu'il parle de l'Outrenoir : le noir cesse d'être un pigment pour devenir une surface active capable de réfléchir, absorber ou révéler la lumière selon l'angle du regard.

Le noir n'est donc jamais fixe. Il est mouvement. Il n'existe qu'à travers celui qui le regarde par le déplacement. 

Sous la halle, la peinture à l'ocre noire ne cherche pas à recouvrir le bois. Elle lui retire simplement toute lecture indicielle première. L'essence disparaît. Le détail s'efface. La construction cesse d'être démonstrative.  Alors seulement apparaissent les phénomènes. Les fibres du bois accrochent la lumière du matin puis deviennent presque mates sous le ciel couvert. Les assemblages surgissent quelques instants avant de replonger dans l'ombre. Les contreventements se dissolvent puis réapparaissent au fil du déplacement. Le noir révèle davantage qu'il ne masque. Il met en avant des phénomènes d'ensemble plutôt que des détails. 

Le noir rend visible ce qui, habituellement, échappe au regard : les variations lumineuses, l'épaisseur de l'air, la densité de l'ombre. La halle n'est jamais la même, et devient atmosphérique. Comme les Outrenoirs de Soulages, elle ne possède aucune image stable. Elle est un événement optique autant qu'une expérience physique. Le regard cesse d'être frontal. Il devient mobile. La perception devient temporelle. L'architecture cesse d'être un objet ; elle devient un phénomène.

LA CRUAUTE DE LA MATIERE

L'ensemble de la structure est réalisé en bois massif AOC issu des forêts jurassiennes durablement gérées, puis protégé par une peinture minérale à l'ocre noir. Le matériau est brut pour que la peinture l'accroche ; il garde les stigmates des sciages.

Pour Haptomai Architectes, montrer une cruauté de la matière est essentielle, car elle permet de diminuer les procédés de transformation énergivores, mais surtout conserve la matérialité expressive première des matériaux de construction. La cruauté n'est pas violence, elle est vie, elle est sensation. 

La cruauté désigne la capacité irréductible de la matière à agir directement sur le corps et les sens. 

Comme Antonin Artaud faisait du théâtre une expérience physique avant d'être narrative, l'architecture agit ici avant toute interprétation.

Le bois montre ses imperfections, ses stries. 

Le noir absorbe la lumière.

Les ombres modifient la profondeur.

Le rouge accélère le regard.

Le visiteur n'analyse pas encore l'espace. Il le ressent.

L'émotion précède toujours l'explication.

LE ROUGE COMME EVENEMENT

Dans cette architecture volontairement réduite à l'essentiel, un seul élément échappe au noir : le garde-corps rouge de la rampe. 

Il évoque les velours des théâtres, les rideaux de scène, les coulisses. Mais surtout, il introduit une rupture dans le champ perceptif. Après la lente immersion dans le noir, cette apparition colorée devient un événement. Elle annonce la représentation avant même que celle-ci ne commence.

UN TEMPLE CONTEMPORAIN

Par son rythme, sa répétition et son rapport au parcours, la halle évoque les architectures de transition des temples japonais. Ces longues successions de portiques ne servent pas uniquement à franchir une distance. Elles fabriquent un état intérieur.

Chaque pas prépare le suivant.

Chaque travée rapproche de la scène.

Au Théâtre Mansart, ce sanctuaire est celui de la création artistique.

La halle devient le seuil des arts vivants.

Une architecture qui ne montre pas le spectacle.

Une architecture qui prépare à le recevoir.

UNE ARCHITECTURE DISCRETE MAIS ENGAGEE

La démarche environnementale participe de cette même discrétion. Les eaux pluviales sont infiltrées totalement sur la parcelle par une noue paysagère plantée favorisant évapotranspiration, biodiversité et résilience climatique.

Comme la structure en bois massif, comme la lumière, cette écologie ne cherche jamais à être démonstrative. Elle agit sans se montrer.

CONSTRUIRE L'OMBRE

À la tombée du jour, la halle connaît une nouvelle métamorphose. La lumière n'éclaire pas l'architecture, elle révèle les phénomènes qu'elle contient.

Les lignes lumineuses intégrées aux contreventements rendent perceptible le rythme des portiques sans jamais exposer les luminaires. Les suspensions qui accompagnent l'escalier signalent le seuil du théâtre tandis qu'un rétroéclairage anime la sous-face noire de la toiture.

Le noir cesse alors d'absorber la lumière.

Il la réfléchit.

Il la transforme.

Il lui donne une profondeur.

La halle devient une matière lumineuse.

Le spectacle commence bien avant l'ouverture des portes.

Il commence sur la rampe, sur les marches, dans l'ombre, dans le temps nécessaire à l'œil pour apprendre à voir.

© Haptomai Architectes © Fabrice Fouillet photographies  / Tous droits réservés / Crédits et mentions légales / 2026

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